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Gilles TINAYRE

 

‘’Je crois que j’ai toujours été guidé par la musique. Mon père jouait magnifiquement du piano, l’improvisation naissait sous ses doigts comme par enchantement… Ça été une de mes sources musicales fondatrices.’’

 

Gilles Tinayre a commencé à prendre des cours de piano à l’âge de 4 ans. ‘’Mes parents m’avaient mis dans les mains d’une vieille amie à eux. Elle me jouait des notes au piano en cachant le clavier, et j’avais à deviner leurs noms. C’est très vite devenu naturel pour moi. Elle était harpiste, et je me souviens comme si j’y étais de son instrument, sous une housse au milieu de sa pièce de musique que, du haut de mes 4 ans, je trouvais aussi imposant qu’un char Patton…’’

 

Au lycée, Gilles Tinayre collabore à plusieurs pièces de théâtre, composant la musique et les chansons, et l’interprétant au piano pendant les représentations. Très vite, il joue dans différents groupes de blues et de rock. A 25 ans, il a déjà sa place dans le monde la pop music. En tant que musicien de scène et session man, il joue, compose et arrange pour bon nombre de groupes et d’artistes, parmi lesquels Alan Stivell, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Mouloudji, Julien Clerc…

 

Les nouveaux instruments : ‘’Dans les années 80, le développement incroyable des synthés m’a rendu fou ! Tous ces sons sortant de nulle part étaient pour moi une fabuleuse source d’inspiration. J’ai été un des premiers utilisateurs du Prophet 10, puis est arrivé le PPG Wave 2.2, les EMU 1, puis, 2, puis 3… Un jour, j’ai déniché une Ondioline, un des ancêtres des synthétiseurs inventé en 1941 par Georges Jenny. Ma pièce de travail était devenu une sorte de magasin de musique, tellement il y avait de claviers empilés les uns au dessus des autres… Et les départs en studio ressemblaient à un véritable déménagement !

 

Un background musical riche et varié : à 20 ans, ma curiosité musicale était insatiable, j’étais attiré par tout ce que je ne connaissais pas. J’ai fait comme ça des choses aussi improbables que de la musique turque, tenté le chant diphonique, passé des centaines d’heures sur la quadriphonie et l’ambiophonie !’’

 

Dans le domaine de la musique de film, son aptitude à s’adapter aisément à une large échelle de projets a permis à Gilles Tinayre de vivre de magnifiques collaborations avec de grands noms du cinéma, tels que Ken Russel, Leos Carax, Christian Fechner, Patrick Braoudé, Merzak Allouache.

Son écriture couvre une large palette de formats de la comédie au drame, parmi lesquels la comédie musicale, les shows et les séries TV et l’événementiel.

Son goût pour l’arrangement et la programmation l’ont amené à la réalisation musicale : ‘’C’est très vite devenu évident pour moi que l’écriture et l’interprétation ne représentaient qu’une partie du jeu dans la musique actuelle. Il est juste impossible de sous-estimer la MAO, le maniement des consoles, des plug-ins, et le son de tes mixs si on veut rester dans la course ! Le son est comme une deuxième écriture, aussi importante que la première, et on doit savoir enregistrer, mixer et mastériser sa musique après l’avoir composée et orchestrée. C’est très amusant à faire, très chronophage aussi, mais quand ça sonne, c’est magique…’’

 

 

En tant qu’arrangeur, Gilles Tinayre a écrit et enregistré avec de nombreux artistes : Touré Kunda, Martin Circus, Henri Salvador, The Platters, Claude-Michel Schönberg, Pierre Groscolas, Chico et Roberta, Linda de Suza,  Emmanuel Booz, Gilles Langoureau, Mama Béa Tekielski… Des heures et des heures de studio, des nuits d’écriture aussi…

 

Il a également composé et réalisé plusieurs habillages d’antenne pour M6, MEDI 1, RPL, des séries TV, particulièrement pour TF1 (Un et un font six, Marc Eliot, Brigade des mineurs, Music Art…)

 

A l’aise dans le classique, le traditionnel comme dans la rock music, les expériences musicales nombreuses de Gilles Tinayre l’ont amené à vouloir mêler genres et traditions dans ses créations : ‘’je pense que c’est l’une des choses importantes pour un artiste d’envisager son œuvre comme un levier possible permettant  de casser les barrières culturelles et géographiques. La sensibilité, quand elle existe, passe très largement au dessus des frontières linguistiques, et une musique peut (doit ?) ouvrir des portes entre les peuples.’’

 

Gilles Tinayre a travaillé sur plusieurs comédies musicales : ‘’J’ai commencé avec Bernard de Clairvaux, une comédie musicale de plein air écrite avec Daniel Facerias et mise en scène par Michael Lonsdale, représentée à Clairvaux (Aube) pendant 5 ans dans les mois d’été. Deux cents figurants venus des environs, une cavalerie, 300 costumes… La musique était préenregistrée, et j’y chantais le rôle de St-Bernard. C’était une magnifique expérience de partage entre de non-professionnels fiers de leur héritage culturel, et une solide équipe de pros construite autour de Michaël.

 

Puis est venu Oliver Twist, un musical basé sur la nouvelle de Charles Dickens, subtilement mis en scène par Ned Grujik. J’ai écrit les arrangements, coaché les chanteurs, enregistré et mixé toute la musique. Après cela, je suis revenu aux grands spectacles de plein air avec ‘’Bernadette de Nevers’’, un musical dédié à Bernadette Soubirous (Lourdes). Ça a été passionnant d’écrire l’argument et la musique. J’étais complètement fasciné par l’histoire incroyable de cette petite fille pauvre et malade. Comment une enfant aussi faible a pu réussir, contre tous, à imposer au monde sa vérité est encore un mystère pour moi. Jacques Demarny et Pierre-André Dousset ont magnifiquement écrit les lyrics. Nous avons joué pour la première fois à Nevers tout l’été 1995, mis en scène par Jean-Luc Villemot. Ce musical est actuellement en développement pour être adapté au Canada, aux USA et en Amérique du Sud.

 

Engagement corporatif : ‘’ Il y a des évidences qui se font jour à partir d’un certain âge, notamment celle de ne pas imaginer pouvoir vivre sans restituer une part de ce que la vie vous a offert. C’est devenu fondamental pour moi. Une partie de mon temps est donc dédiée à la protection du droit d’auteur et à la mise en valeur de la musique de film en général. J’ai été Président de l’Union des Compositeurs de Musiques de Film (UCMF) pendant 3 ans. C’était une période fascinante, débordante d’activité, mais un vrai full time job ! Avec le Centenaire de la musique de film (2008), l’organisation des Pavillons internationaux de la musique de film au Festival de Cannes, les débats, inaugurations, festivals et autres, impossible de garder une oreille ouverte pour composer… Maintenant que cette responsabilité est derrière moi, je continue à garder un œil sur les événements majeurs de nos professions, tant à la SACEM, où je siège dans différentes commissions, qu’auprès de différentes institutions dans le domaine culturel.

 

Evénementiel : ‘’j’aime beaucoup composer pour de très grands spectacles dans le domaine de l’événementiel. J’ai récemment écrit et produit la musique de la cérémonie d’ouverture de la World Cup Dubaï, un show gigantesque créé par Prisme International pour 100 000 spectateurs en mars dernier. Musique super vitaminée, son à la mesure du lieu, le plus grand hippodrome du monde ! Un travail hyper précis où l’exigence des clients comme le gigantisme des lieux exclut le moindre faux pas’’.

 

Racines roumaines : ‘’Quand j’étais enfant, j’étais complètement fasciné par quelques 78 tours venant de sa famille roumaine que possédait ma grand-mère. A chaque fois que j’étais chez elle, je lui demandais de mettre ces disques. J’éprouvais une émotion très particulière, une sensation diffuse de joie et de peine entremêlées. Il n’y a aucune autre musique qui m’ait inspiré un tel sentiment ! Jusqu’à ce que, devenu grand, je voie 8 ½, le film de Fellini, où j’ai retrouvé, sous une approche différente, le même type d’émotion au travers de la sublimissime musique de Nino Rota. C’est très certainement ma toute première émotion cinématographique.

Plus tard, il est devenu évident que j’avais quelque chose à faire avec la musique des Balkans. J’ai commencé par composer et jouer un ciné-concert autour du film de Dziga Vertov, L’homme à la caméra, écrit pour fanfare des Balkans, chœur mixte et chœur d’enfants. Moment magique de se sentir réinvesti d’une partie de ses racines ! Je suis resté profondément ancré dans la démesure émotionnelle de cette musique. L’opportunité m’a été donnée récemment d’enregistrer un double album Balkans pour Universal, ce que nous avons fait à Skopje (Macédoine), avec la crème des musiciens locaux. Un véritable régal !’’

 

Travail au studio : Un de mes plus grands plaisirs est d’arriver à mon studio le matin (le plus tôt, c’est le mieux !) et de me glisser dans le paysage musical requis pour la création du jour. Analyser ce qui est recherché, puis faire naître l’idée, petit à petit, est à chaque fois un vrai moment de bonheur. Une de mes autres sources d’inspiration consiste à commencer à composer à partir d’un élément sonore entendu dans la rue… La vie quotidienne fourmille de sons extraordinaires, qui sont autant d’éléments déclencheurs de création. C’est comme tout le reste : la musique, ça se vit, et ça doit rester un plaisir avant tout…’’

 

 

 

 

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